ONU - FEMMES - Michelle Bachelet

 

Article d'Anne Marie  Rocco, journaliste à Challenge, transmis par Heidi Rançon-Cavenel, vice-présidente pour l'Europe de la FIFCJ, pour information de la FIFCJ et de l'AFCJ:

ONU: la journée de Michelle Bachelet

Ce jeudi 24 février, à New-York, la communauté internationale se dote d'un nouvel outil : l'ONU Femmes, qui regroupe l'ensemble des programmes déployés jusqu'à présent par les Nations-Unies en matière de lutte contre les discriminations, de santé ou d'éducation des femmes. Michelle Bachelet, qui en a pris la tête fin septembre pour mener à bien cette réorganisation, a rang de secrétaire générale adjointe de l'ONU : signe de l'importance que sont censés accorder les pays membres à cette initiative. Mais l'ancienne présidente du Chili aura de nombreux obstacles à surmonter si elle veut faire avancer la cause des femmes dans le monde.

    Michelle Bachelet a présenté sa vision et son plan d'action sur 100 jours lors du premier conseil d'administration de « l'Entité des Nations-Unies pour l'égalité des sexes et l'autonomisation de la femme » (dénomination complète de l'ONU Femmes !), qui s'est tenue le 24 janvier en prévision de son lancement officiel ce jeudi. « La force des femmes, leur diligence et leur sagesse, constitue la plus grande ressource humaine encore inexploitée », a professé cette militante de longue date des droits humains. Pour elle, l'ONU Femmes doit avant tout aider les pays membres à mettre en pratique les nombreux engagements qu'ils ont déjà pris, et se mobiliser en faveur « des plus exclues ».

    « Assurer aux femmes plus de représentation, de leadership et de participation », « mettre fin à la violence contre les femmes » ou encore « renforcer l'autonomisation économique des femmes » figurent en bonne place dans son plan d'action, et doivent se traduire par des programmes concrets dotés de financements de l'ONU. Lesquels restent pour l'instant très modestes : 3 milliards de dollars par an seulement (à titre de comparaison, les programmes pour l'enfance mobilisent 50 milliards). Pour préparer le plan stratégique qu'elle doit présenter en juin, la secrétaire générale adjointe a prévu un tour du monde afin « d'écouter les gouvernements, la société civile et les équipes de pays des Nations-Unies ».

    Et c'est probablement là que commenceront pour elle les difficultés. « Jusqu'à présent, chaque réforme a amené une régression sur d'autres sujets », déplorait l'historienne Malka Marcovich, auteure du livre « Les Nations désunies », lors d'une conférence organisée, mi-janvier à Paris, par la coordination française pour le lobby européen des femmes (CLEF).  Elle rappelait notamment que la Convention contre les discriminations à l'égard des femmes, une sorte de déclaration des droits des femmes signée en 1979, était à la fois « la convention la plus ratifiée » de l'ONU, et « celle qui fait l'objet du plus grand nombre de réserves de la part des signataires », de sorte qu'elle a été « quasiment vidée de son sens ».

    Autre préoccupation : la part de plus en plus importante du fait religieux. Ainsi la notion de discrimination contre les femmes est-elle de plus en plus souvent détournée en  « discrimination contre les femmes qui portent des signes religieux », de manière très inquiétante. En matière d'éducation, l'UNESCO constate d'ailleurs que dans 71 pays sur 175, la présence des filles à l'école primaire demeure nettement inférieure à celle des garçons. Dans beaucoup de cas, cette situation est liée à la pression de fondamentalistes religieux. La pauvreté se charge du reste.

    Dans l'arène diplomatique des Nations-Unies, des visions antagonistes de la femme et de son rôle dans la société s'affrontent actuellement de façon plus ou moins ouverte, et c'est là l'enjeu principal de l'ONU Femmes. Michèle Vianès, l'une des animatrices de la CLEF, souligne que « les Etats islamistes ont tous les moyens financiers pour défendre leur vision, alors que nous nous battons avec trois francs six sous ». Exemple : dans les instances de l'ONU Femmes, où les mandats s'exercent de façon tournante comme dans tout le système onusien, certains généreux donateurs ont droit à un siège permanent, ce qui est le cas...de l'Arabie saoudite. Qui aidera Michelle Bachelet à défendre la vision laïque d'une femme égale de l'homme ? La France, sur ce point, ne s'est pas beaucoup distinguée jusqu'à maintenant. Serait-il inconvenant de demander un petit effort à nos diplomates des droits de l'homme afin qu'ils s'intéressent aussi aux droits de la femme ?

Anne-Marie Rocco  

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